un départ « sans rupture diplomatique, contrairement au Mali »



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Le gouvernement du Burkina Faso a confirmé lundi avoir demandé le départ des troupes françaises basées dans le pays dans un délai d’un mois. Les autorités compétentes sur un « sursaut patriotique » des burkinabè pour combattre le jihadisme, tout en appelant au soutien matériel de leurs alliés. Décryptage.

Les troupes françaises sur le départ au Burkina Faso. Quatre mois après l’arrivée du capitaine putschiste Ibrahim Traoré à la tête du pays, les autorités de transition ont confirmé, lundi 23 janvier, vouloir mettre fin à l’accord militaire avec la France, permettant à ses troupes de stationner à Ouagadougou.

Contrainte de procéder à un départ accéléré du Mali au cours de l’étéla France se voit désormais prix de réduction encore son empreinte au Sahel en retirant ses forces spéciales du Burkina Faso sous une durée d’un mois.

Pourtant, alors que le sentiment anti-français gagne du terrain dans la région, Ouagadougou se garde jusqu’ici de toutes les critiques ouvertes à l’égard de Paris.

« La dénonciation de l’accord est dans l’ordre normal des choses » a expliqué lundi le porte-parole du gouvernement burkinabè. « La vision de la transition aujourd’hui est que ce sont les burkinabè eux-mêmes qui vont consentir le sacrifice pour la libération de notre territoire ».

Pour analyser la stratégie des autorités militaires, France 24 s’est entretenu avec Abba Seidik, expert des questions sécuritaires et auteur de l’ouvrage « Mali-Sahel, Notre Afghanistan à nous ? » (Éditions Impacts).

Le Burkina Faso a expliqué demandé le retrait des troupes françaises car il revient aux Burkinabè de régler la question du terrorisme. Cet argument, qu’on pourrait qualifier de souverainiste, rappelle celui avancé par les autorités maliennes. La France est-elle confrontée au même scénario ?

Abba Seidik : Il y a bien sûr des points communs, à commencer par la contestation de la présence française par une partie de la population, comme nous avons pu l’observer lors des manifestations à Bamako et Ouagadougou. Il y a une forme de déception vis-à-vis de la France, dont la présence n’a pas permis de contenir la menace jihadiste. On voit également qu’au Burkina Faso, comme au Mali, le retrait des forces françaises s’inscrit dans un contexte de tensions politiques. Les deux pays ont notamment la suspendue RFI radio et ont eu maille à partir avec leur ambassadeur de France.

Mais les contextes burkinabè et maliens présentent également des différences majeures. Les forces Sabre stationnées à Ouagadougou ont pour rôle d’appuyer des opérations ponctuelles au Sahel et non de seconder les forces nationales, contrairement à Barkhane au Mali. Aussi, le retrait des 400 forces spéciales françaises a beaucoup moins d’impact pour les autorités burkinabè que le retrait de Barkhane pour les autorités maliennes, qui avaient accusé à l’époque la France d' »abandonner en plein vol« .

En demandant le retrait des troupes, Ouagadougou peut satisfaire une partie de son opinion publique sans prendre trop de risque sur le plan sécuritaire. D’autant que Saber n’a pas vocation à participer au quotidien à la lutte contre le terrorisme aux côtés des forces de défense et de sécurité burkinabé. En parallèle, le Burkina Faso a dit maintenir la coopération avec la France, notamment sur la fourniture d’équipement. Ce départ se fait donc sans rupture diplomatique, contrairement au Mali qui avait tourné la page de sa relation avec Paris.

Le Burkina Faso a connu deux coups d’État en un an, qui ont mis en lumière d’importantes dissensions entre l’ancien président et son armée mais également au sein même de l’institution militaire. Les nouveaux dirigeants sont-ils parvenus à résoudre cette question ?

En novembre 2021, le sort des gendarmes d’Inata, dans le nord du pays, laissés sans ravitaillement et massacrés par des jihadistes, avaient provoqué un véritable scandale et révélé au public les problèmes de gouvernance dans le secteur de la sécurité imputables au gouvernement de Roch Marc Christian Kaboré. Le lieutenant-colonel Damiba avait pris le pouvoir en janvier 2022 sur la promesse de rétablir rapidement la sécurité au Burkina Faso. Faute d’y être arrivé, il a été renversé huit mois plus tard.

L’arrivée du capitaine Ibrahim Traoré, lors de ce second putsch, semble avoir changé la donne sur le terrain. Le fait que le président soit un officier subalterne a rapproché la hiérarchie des combattants et insufflé de la cohésion. Il a donné des gages de soutien aux troupes déployées sur le terrain. Son discours du Nouvel An depuis Solenzo, ville du nord-est reprise aux jihadistes, a été particulièrement commenté. Il a également procédé à une réorganisation de l’armée en faisant passer le nombre de zones militaires de trois à six et enregistré quelques succès sur le terrain.

Malgré tout, ces avancées sont peu visibles tant que la situation sur le terrain est grave. On estime que plus de 40 % du pays est contrôlé par les groupes djihadistes que sont le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaida, et l’État islamique au grand Sahara (EIGS).

Pour gagner la guerre contre le terrorisme, le gouvernement compte beaucoup sur les combattants volontaires pour la défense de la patrie (VDP) recrutés en nombre ces derniers mois. Pourtant, certains de ces supplétifs ont récemment été accusés par deux ONG locales d’avoir commis un massacre dans le nord-ouest du pays. Cette stratégie est-elle risquée ?

Le recours à ces supplétifs, qui n’est pas un phénomène nouveau au Burkina Faso, pourrait se révéler très utile à condition que leur formation soit pensée dans la durée et qu’on y intègre une composante sur les droits de l’Homme. Or ces VDP ne sont actuellement pas sensibilisés au droit de la guerre.

Ensuite, il est essentiel de définir de manière précise leur périmètre d’action. Leur rôle peut être d’assurer la sécurité de proximité en prévenant les attaques pour le vol de bétail mais face à des attaques djihadistes de grande envergure, c’est une autre histoire. Outre la coordination avec l’armée, le rapport de ces supplétifs avec les communautés est également un paramètre crucial.

Le danger est qu’une communauté devienne majoritaire au sein de ces VDP, alimentant des conflits ethniques conduisant à des cycles de représailles ; une situation idéale pour les groupes djihadistes.

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Ces derniers mois, le Burkina Faso a multiplié les rencontres internationales avec la Russie, la France, la Turquie ou bien encore la Chine pour obtenir du matériel militaire pour son armée et ses supplétifs. La multiplication de ces partenariats sont-ils de nature à changer la donne sur le terrain ?

Les livraisons d’armes, que ce soit par le biais de dons ou de facilités d’achats peuvent permettre effectivement de renverser le rapport de force. Il faut bien comprendre que les forces armées du Burkina Faso et les groupes djihadistes disposent d’armements à peu près équivalents.

C’est pourquoi la composante aérienne est aujourd’hui un aspect crucial pour le Burkina Faso. L’armée a besoin d’hélicoptères de combat mais également d’hélicoptères de transport de troupes pour progresser sur ces terrains difficiles. Le transport aérien permet de contourner les problèmes d’infrastructures routières mais également la question des mines et des engins explosifs improvisés (IED) qui permettent les vérifications constantes des démineurs et ralentissent ainsi les déplacements de troupes. Depuis peu, l’armée s’est dotée de drones armés turcsqui dans ce contexte pourrait se révéler efficace.

Enfin, le Burkina Faso n’a d’autre choix que de multiplier les demandes de renforcement de sa coopération militaire transnationale, notamment avec ses voisins malien et nigérien ainsi que les autres pays du G5-Sahel (Mauritanie, Tchad).

La situation d’urgence absolue que connaît le pays l’oblige à mobiliser toutes les aides accessibles. C’est pourquoi le pouvoir militaire à Ouagadougou s’adresse à ses partenaires mais aussi à d’autres États, qui ne conditionnent pas la livraison d’armes et d’équipement militaire aux droits de l’Homme. Ce qui rend obligatoirement les processus de livraisons plus simples et rapides.



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