L’étrange appel d’un député russe à racheter un fleuron de la marine chinoise



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L’un des députés et porte-parole à la Douma du parti nationaliste Libéral démocrate, Sergueï Karginov, a demandé, début janvier, à Moscou, de racheter à la Chine un porte-avions acquis par Pékin peu après la chute de l’Union soviétique. Une demande aussi étrange qu’inutile en apparence dans le contexte de la guerre en Ukraine, mais qui rappelle l’une des grandes faiblesses de la flotte russe.

Un porte-avions peut-il aider la Russie à reprendre le dessus en Ukraine ? Si l’idée peut paraître incongrue dans le cadre d’un conflit porté presque exclusivement sur terre, elle a néanmoins été soumise à la Douma (parlement russe) par Sergueï Karginov, député du parti Libéral démocrate de Russie, le mouvement ultranationaliste de feu le tribun d’extrême droite Vladimir Jirinovski, a rapporté l’agence de presse russe Ria novosti, le 6 janvier.

Il a plaidé pour racheter le porte-avions Varyag, acquis il y a 25 ans par la Chine et qui l’a rebaptisé Liaoning. « Ce bateau devait devenir l’un des vaisseaux amiraux de l’URSS. […] Vu les circonstances actuelles, je propose que nous le récupérions, que nous les nommions Jirinovski en mémoire du fondateur du parti Libéral démocrate et que nous en fassions l’arme principale de notre flotte en mer Noire », a déclaré le député, selon le site Business Insider, lundi 16 janvier.

Un porte-avions, un jumeau, 1001 problèmes

Une requête des plus étranges, ne serait-ce que parce qu’un porte-avions n’aurait pas vraiment sa place en mer Noire. « C’est un type de bateau qui sert essentiellement à projeter la puissance navale au grand large. Et aussi prêt de côtes, il servait essentiellement de cible flottante aux Ukrainiens », note Jeff Hawn, spécialiste des questions militaires russes et consultant extérieur pour le New Lines Institute, un centre américain de recherche en géopolitique.

Il n’est même pas sûr qu’un tel bateau puisse rejoindre sa destination finale en raison de la Convention de Montreux de 1936 qui indique que les belligérants durant une guerre n’ont pas le droit de faire passer des navires de combat par le détroit du Bosphore pour rejoindre la mer Noire », rappelle Jeff Hawn.

Dans ces circonstances, « je ne pense pas que Moscou dépose une demande à Pékin pour ‘récupérer’ le porte-avions de sitôt. En, la proposition de Sergueï Karginov est intéressante car c’est une nouvelle critique à peine voilée du gouvernement tant l’état de la flotte et l’absence de porte-avions digne de ce nom est jugée symptomatique de la mauvaise santé de l « armée russe », résume Jeff Hawn, spécialiste des questions militaires russes et consultant extérieur pour le New Lines Institute, un centre américain de recherche en géopolitique.

La Russie, en effet, ne dispose que d’un seul porte-avions, datant des années 1980, et qui est en piteux état. Baptisé Kouznetsov, en référence à l’amiral de la flotte soviétique éponyme, il se trouve depuis 2018 en réparation et « les travaux ont pris beaucoup de retard, et il faudrait en réalité le reconstruire intégralement », soutenu Jeff Hawn.

En fait, le Kouznetsov s’est retrouvé là après un accident survenu sur une cale sèche flottante où il avait été entreposé pour réparation après une mission en Syrie. « Elle a coulé et à ce moment-là une grue s’est effondrée sur le porte-avions peut coûter un énorme trou dans la coque », raconte Jeff Hawn.

Mais ce n’est pas tout. Ce porte-avions avait été placé en cale sèche en vue d’une réparation car sa sortie au large de la Syrie avait fait apparaître des dysfonctionnements. Les avions qu’il avait transportés n’avaient pas pu se reposer sur le vaisseau après leur mission « car les militaires avaient montré que c’était trop dangereux pour le bateau. Les avions alors avaient dû atterrir sur la terre ferme », note Jeff Hawn.

Remettre le cas du Kouznetsov sur le tapis équivaut à rappeler aux dirigeants russes qu’ils ne disposent d’aucun porte-avions, symbole par excellence de la capacité d’une puissance militaire « à se projeter n’importe où sur le globe », remarque Jeff Hawn.

Une pièce maîtresse de la flotte chinoise

Le navire chinois convoité par le député russe est, historiquement, le frère jumeau du Kouznetsov. Il était encore en cours de construction lors de la disparition de l’Union soviétique. Pékin, intéressé par un modèle de porte-avions, même inachevé, a alors décidé de le racheter…. à l’Ukraine.

En effet, près de 80 % de tous les chantiers soviétiques se sont résultés en Ukraine, et c’est là que le Viarag était assemblé. Un détail de l’histoire qui pourrait venir compliquer d’éventuelles négociations sino-russes pour son rachat. Kiev pourrait avoir son mot à dire…

Surtout, « je serais très surprise si la Chine accepterait de revendre ce navire », affirme Jeff Hawn. Le Viarag ou Liaoning fait figure de « pièce centrale du développement de la flotte chinoise », poursuit ce spécialiste.

Il est, en effet, devenu ce que le Kouznetsov aurait pu être. Les Chinois l’ont démonté, étudié, puis n’ont pas gardé que la coque afin de reconstruire un navire plus moderne, et performant.

Le Liaoning est ainsi devenu le modèle pour les porte-avions « made in China » qui sont encore utilisés aujourd’hui.

Difficile d’imaginer dans ces conditions que Pékin accepte de se séparer d’un tel symbole de la modernisation de sa flotte. Mais surtout, leLiaoninglui-même est « toujours utilisé pour les entraînements », assure Jeff Hawn. C’est sur ce navire que les pilotes d’avions donnent à décoller et atterrir sur un porte-avions, que les officiers s’entraînent à opérer une force d’intervention navale organisée autour d’un tel bateau.

L’appel à racheter ce porte-avions a donc tout de la sortie d’un député russe qui se berce d’illusions de grandeur. À la fois quant à l’utilité d’un tel navire dans le contexte de la guerre en Ukraine et sur la capacité de la Russie à réellement le récupérer.



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