Les dirigeants d’Amérique latine intimant à « renforcer » l’intégration régionale



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Réunis à Buenos Aires mardi au sommet de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes, une quinzaine de dirigeants, dont le nouveau président brésilien Lula, ont appelé à « renforcer » l’intégration régionale face aux menaces de l’extrême droite sur leurs établissements.

Une quinzaine de chefs d’État et de gouvernements d’Amérique latine, réunis en sommet à Buenos Aires autour du revenant brésilien Lulaont été sommés mardi 24 janvier de « renforcer » l’intégration régionale, pour parer aux menaces sur leurs institutions, telles l’assaut qui a visé les lieux de pouvoir à Brasilia début janvier.

« Le Brésil est de retour dans la région », a lancé son président Luiz Inacio Lula da Silva au VIIe sommet de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (Celac, 33 pays membres), que le géant sud-américain a formellement réintégré, trois ans après que Jair Bolsonaro, l’ex-président d’extrême droite, l’en a sorti.

« Le Brésil est prêt à travailler côte à côte avec vous tous », a poursuivi le dirigeant de gauche de 77 ans, qui trois semaines après le début de son troisième mandat (après deux de 2003 à 2010), avait choisi son voisin et allié , l’Argentine et l’Amérique latine pour sa première sortie à l’international.

Au cours des dernières 48 heures, Lula s’est engagé à relancer l’intégration tous azimuts « bilatéralement, dans le Mercosur, dans l’Unasur, dans la Celac ». Citant ainsi une union douanière (le Mercosur, avec l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay) récemment au bord du déchirement, et une moribonde « Union sud-américaine » (Unasur) créée en 2008 à son initiative et celle du Vénézuélien Hugo Chavez.

Lula 2023 et l’Amérique latine, retour vers le futur ? Pas exactement. Les appels à l’intégration régionale ont été assortis à Buenos Aires de mises en garde, à la lumière des menaces pesant sur les institutions, comme l’assaut de bolsonaristes sur les sièges de pouvoir à Brasilia le 8 janvier.

Le syndrome de Brasilia

« Nous ne pouvons permettre qu’une ultra-droite récalcitrante et fascisante met en péril les institutions de nos peuples », a lancé le président hôte, l’Argentin Alberto Fernandez (centre-gauche). « La démocratie court clairement un risque », avec « des secteurs de l’ultra-droite qui se sont redressés », at-il ajouté, citant notamment la « folie de Brasilia », ou l’attentat contre la vice-présidente argentine Cristina Kirchner en septembre. « Nous devrons rendre les institutions de notre région (…) convertir nos paroles en institutions et en faits, faire en sorte que l’intégration devienne réalité », a poursuivi Alberto Fernandez.

Créée en 2010 à l’initiative notamment de Lula, la Celac est un forum de dialogue et de coopération, nullement un organe d’intégration régionale aux délibérations contraignantes. Sur la durée, sa voix a peiné à être unie ou à peser, encore à ce jour dans des crises du continent, comme actuellement au Pérou.

« L’Amérique latine est en faillite du point de vue institutionnel (…) Elle n’a pas réussi à s’insérer collectivement dans le monde », diagnostic pour l’AFP Ignacio Bartesaghi, expert en Relations internationales et intégration régionale de l’Université catholique d’Uruguay.

Nonobstant, la déclaration finale du sommet un mardi « affirme l’engagement des membres de la Celac à avancer avec détermination sur un processus d’intégration ».

À tout le moins, la Celac « reste un espace vaste et hétérogène de pays d’Amérique latine à partir des agendas minimaux ou d’intérêt commun pour la région peut s’établir », admet Bernabé Malacalza, analyste en Relations internationales au Centre national de recherche argentin Conicet. Et elle reste l’interlocuteur régional de référence de la Chine, ou de l’UE, sur des agendas de coopération.

« Club idéologique », jusqu’à quand ?

Mais le dernier sommet UE-Celac remonte à 2018… même si les deux parties se sont engagées fin 2022, au niveau ministériel, à viser un sommet birégional en 2023, quand l’Espagne aura la présidence de l’UE, au deuxième semestre.

Le président uruguayen Luis Lacalle Pou a lui aussi exhorté ses homologues latino-américains à « passer à l’action » vers l’intégration, proposé une zone de libre-échange qui irait « du Mexique au sud de l’Amérique du Sud ».

Lacalle Pou, l’un des rares présidents de centre droit dans un sommet penchant prévu à gauche, a mis en garde des forums de type Celac qui « s’ils veulent perdurer, ne peuvent garder ce caractère de club d’amis idéologiques ». Et il s’appelle à se défaire d' »une vision hémiplégique » sur les connaissances aux droits humains ou institutions, en référence claire aux régimes du Venezuela, du Nicaragua et de Cuba. Des trois, seul le président cubain Miguel Diaz-Canel était présent et aura entendu, une énième fois, la région s’appeler à la fin de l’embargo américain sur l’île.

Après cette photo de famille latino-américaine recomposée, Lula, dont la diplomatie entend partout « reconstruire les ponts » post-Bolsonaro, va se tourner vers des rendez-vous autrement stratégiques : Washington le 10 février, et Chine « après mars ».

Avec AFP



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