Les arrêts de jeu à rallonge, ok, mais ne faut-il pas plutôt passer au temps de jeu effectif ?



Au cœur des débats du début de Coupe du monde, la nouvelle tendance arbitrale à allonger le temps additionnel en décomptant tous les jeux de jeu ouvre la question de la mise en place du temps de jeu effectif dans le football, à laquelle ses acteurs semblent favorables . Se concentrer.

Soixante-quatre minutes de temps additionnelles sur les quatre premières rencontres. Angleterre-Iran qui a atteint les 117 minutes de jeu, soit presque un match avec prolongations. Le temps de jeu est au cœur des débats depuis le début de la Coupe du monde au Qatar avec des arbitres qui n’hésitent pas à prolonger le plaisir. Les officiels de ce Mondial épousent une nouvelle logique : sur décompte tous les arrêts de jeu.

Président de la commission des arbitres de la FIFA, Pierluigi Collina avait annoncé la couleur en conférence de presse et dans une interview à ESPN : « Nous avons dit à tout le monde de ne pas être surpris en voyant les quatrièmes arbitres afficher six, sept ou huit minutes de temps additionnel. Si nous voulons plus de temps effectif, il faut être prêt à voir ce type de temps additionnel. (…) Nous voulons calculer avec précision le temps additionnel à la fin de chaque période. Ça a commencé en Russie et ça s’applique au Qatar. »

« Je ne suis pas surpris de ce qui se passe car il y avait des instructions claires pour les arbitres », confirme Roberto Martinez, le sélectionneur de la Belgique. Selon les données fournies par Opta, après les quatre premières journées de la Coupe du monde, le temps de jeu total par match atteint 106 minutes et 8 secondes, contre 97’11 » pour l’édition 2018, 95’44 » en 2014, 94’46 » en 2010 ou encore 95’09 » en 2006. Mais le temps de jeu effectif n’a pas fait un énorme lien en avant. S’il est bien en hausse sur les deux dernières éditions, ce qui suit les explications de Collina : 55 minutes et 18 secondes sur ces quatre premiers matches de 2022 et 55’09 » en 2018 contre des moyennes de 53’55 » en 2014, 53’36 » en 2010 ou 54’03 » en 2006.

Encore loin des 90 minutes officielles dans un match. Mais une tendance qui épouse la volonté affichée par Gianni Infantino, le président de la FIFA, lors d’une interview à BeIN Sports en avril dernier en marge de la rencontre Guingamp-Toulouse (32e journée de Ligue 2) : « On doit avoir une vraie réflexion sur le temps de jeu effectif, dans la mesure où beaucoup de temps est perdu pendant un match. Si on demande aux spectateurs de payer des billets ou des abonnements pour regarder 90 minutes de football et qu’un match dure 50 minutes, il « Ya quelque chose qu’il faut revoir. Les minutes additionnelles que l’arbitre devra donner doivent être des minutes vraiment en relation avec le temps perdu lors du match. Et après, il faut réfléchir sur le futur. »

Le débat ne concerne en effet pas que le Mondial. En décembre 2018, une étude de l’Observatoire du football CIES (via les données InStat) sur le temps de jeu effectif de 37 compétitions européennes moyennant une moyenne de 55,3% et plaçait l’Allsvenskan suédoise en tête (60,4%) devant la Ligue des champions (60,2%) avec la Primeira Liga portugaise en file de classement (50,9%). Parmi les championnats du « Big 5 », la Bundesliga allemande arrivait en tête avec 58,5%, suivie par la Serie A italienne (57,8%), la Premier League anglaise (56,5%), la Ligue 1 française ( 56,1%) et la Ligue espagnole (55,8%).

Fin octobre, un article publié par L’Équipe faisait le point sur la saison en cours. En Ligue 1, seul le PSG atteignait les 60 minutes de temps de jeu effectif contre moins de 55 pour Ajaccio. Un match, le Lens-Brest de la première journée (3-2), s’est conclu sur… 47’01 » de temps de jeu effectif, soit moins que le temps d’un match de basket en NBA (48 minutes ) ! Et près de vingt minutes de différence avec les 66’51 » de Strasbourg-Rennes lors de la 9e journée (1-3). En Premier League, les moyennes oscillaient entre les 65 minutes de Manchester City et les 55 minutes de Liverpool. Une étude menée sur 50 matchs de la saison 2019-2020 de Premier League, championnat réputé pour un arbitrage moins agressif, permet également de pointer les différentes pertes de temps : 8 minutes pour les touches, 6 pour les dégagements et près de 3 pour les soins médicaux.

Bref, il y a des choses à améliorer. Et les acteurs du jeu en sont conscients. « Il faut vraiment passer au temps de jeu effectif dès que possible, estime Jan Vertonghen, le défenseur international belge du RSC Anderlecht. Les équipes qui en profitent en plongeant constamment et en pleurant ruinent le plaisir des supporters qui veulent voir un bon match de foot et pas une pièce de théâtre. » Même son de cloche chez Xavi, l’entraîneur du Barça : « Il faut passer au temps de jeu effectif. On en finirait avec les simulations, les pertes de temps et les tromperies. Perdre du temps, ce n’est pas de la malice , c’est de la fraude. »

Leur idée : si le chrono s’arrête à chaque arrêt de jeu, les footballeurs n’auront plus envie de se rouler par terre pour gagner quelques secondes. Possible de mettre en place ? Si on compare aux autres sports collectifs, le basket et le hockey sont les seuls où le chrono s’arrête à chaque arrêt de jeu. Au hand ou au rugby, il ne s’arrête que lors de phases spécifiques (exclusions, temps-morts, penaltys, blessure, arbitrage vidéo) et/ou à l’appréciation de l’arbitre. Pour le football, plusieurs idées ont déjà émergé : l’arrêt du chrono pour les cas les plus graves, façon hand ou rugby donc, ou un temps de jeu effectif de 30 minutes par période avec chrono stoppé à chaque arrêt de jeu, façon basket ou hockey.

Impossible en effet d’imaginer un temps de jeu effectif de 90 minutes dans la situation actuelle, qui impliquerait des matchs de… 2h15 en moyenne ! Ne pas savoir combien de temps durerait exactement une période pourrait en outre poser de gros problèmes aux diffuseurs télé qui ont des grilles à caler. Il faudrait également être clair sur les modalités d’arrêt du chrono pour éviter les polémiques. Pas si facile, quoi. Mais à étudier de près si on souhaite faire changer les choses.

« Le temps est un problème dans le foot moderne et je suis ravi de voir que le temps moyen d’un match est maintenant de 102 minutes, se félicite Roberto Martinez. Mais il y a une question : doit-on trouver une manière différente de décompter le temps? Doit-on arrêter la montre dans les 20 dernières minutes au lieu d’avoir des résultats entre les matchs sur le temps additionnel? Ça va de 120 à 95 minutes! La Coupe du monde permet d’apprendre et de voir comment rendre le match plus efficace et peut-être même plus juste. On veut voir des équipes jouer au football et se concurrencer avec le temps de faire cela. Dans le passé, on s’est déjà retrouvé dans des situations où on ne pouvait plus jouer dans les 20 dernières minutes. On voit l’horloge tourner sans jouer et ce n’est pas ce que les supporters veulent. »

En avril dernier, un communiqué de la FIFA tentait de balayer une rumeur persistante : « La FIFA souhaite clarifier qu’il n’y aura aucun changement dans les règles concernant la durée des matchs pour la Coupe du monde ou toute autre compétition ». Pas faux, il n’y en a pas eu. Mais les arbitres du Mondial ont pris en main ce début de révolution.



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