le jour où les Bleus ont joué un match de Coupe du monde… en vert


Au Mondial 1978, en Argentine, l’équipe de France a disputé son dernier match de poule avec un maillot rayé vert et blanc. À cause d’une succession de mauvaises décisions, les Tricolores ont finalement dû jouer avec la tunique d’un club local fondé par des pêcheurs, le tout alors que le programme des chaînes de télévision du monde entier a été bouleversé.

À une époque où l’AS Saint-Etienne régnait sur le football hexagonal, c’est une couleur qui avait une place particulière dans le cœur des Français. De là à être portée par la sélection tricolore dans le tournoi le plus suivi de la planète…

10 juin 1978, Mar del Plata. Ce jour-là, dans cette station balnéaire argentine, la France dispute le dernier match de son Mondiale face à la Hongrie. Après deux défaites contre l’Italie et l’hôte argentin, les Bleus sont déjà éliminés – comme leurs adversaires du jour – mais veulent tout de même finir sur une bonne note. Sauf que tout ne se passe pas comme prévu.

« On a fait l’échauffement tranquille, sans problème, chacun de son côté, rembobine Olivier Rouyer, titulaire lors de cette rencontre, pour RMC Sport. Tout allait bien. Dans le vestiaire, on met nos maillots avec un haut de survêtement. A l’arrivée dans le couloir, les deux équipes sont côte à côte. Il y a alors eu un doute de la part de quelqu’un et on nous a demandé d’ouvrir nos hauts de survêtement. Et là, patatras, les deux équipes sont de la même couleur, en blanc. » Panique à bord, à quelques minutes du coup d’envoi du match, programmé à 14h30, heure locale. Si les Tricolores ont un temps cru que les Hongrois étaient à l’origine de cette erreur, c’est bien l’intendant français, Henri Patrelle, qui est en tort.

« C’est de ma faute. Entièrement de ma faute. La France devait jouer efficacement en bleu, avoue le membre du staff tricolore le lendemain. C’est un regrettable incident, dont je suis l’unique responsable. Au moins, on ne pourra pas me pénaliser en amputant une partie de mon salaire, puisque je suis bénévole », glisse celui qui a également été président du PSG entre 1971 et 1974 avec sarcasme. « Il était au plus bas », se désole Olivier Rouyer 44 ans après. D’ailleurs, il a ensuite été limogé de ce poste-là. »

Une équipe de motards part en mission

A priori, l’impair de l’intendant français aurait rapidement pu être réparé en sortant les maillots de rechange. Une solution simple et idéale… si ces derniers n’étaient pas restés à l’hôtel des Bleus à Buenos Aires, à environ 400 km de là. De leur côté, les Hongrois proposent aux Tricolores leurs maillots rouges, sauf que le portier des adversaires des Bleus, qui jouent précisément dans cette couleur, refusent de se changer. Les deux équipes ne seront pas opérationnelles pour le coup d’envoi. Les chaînes du monde entier sont alors dans l’obligation de bouleverser leurs programmes le temps qu’une solution soit trouvée. « Un jour, j’ai croisé Michel Drucker, qui commentait ce match-là à l’époque. Il m’a dit ‘on a tenu le crachoir pendant une heure en vous attendant, on se demandait ce qu’il se passait’ », raconte Olivier Rouyer.

Olivier Rouyer lors du match Hongrie-France au Mondial 1978
Olivier Rouyer lors du match Hongrie-France au Mondial 1978 © Icon

Une équipe de motards part alors dans le centre de Mar del Plata, 380.000 habitants à l’époque, avec un seul et unique objectif : trouver un maillot de couleur, peu importe laquelle. « Pendant ce temps-là, on était en train d’errer comme des âmes en peine, on ne savait pas ce qu’on faisait. On continuait à s’échauffer. Ça a duré 45 minutes ou une heure », assure Olivier Rouyer . L’escouade revient triomphante. Des maillots rayés vert et blanc ont été empruntés au Club Atlético Kimberley, un petit club de banlieue fondé et longtemps tenu… par des pêcheurs.

Rouyer : « Il y a quelque chose qui te manque. On se sent un peu à poil »

Le match peut enfin débuter, avec un retard conséquent. « Quand on a enlevé nos hauts de survêtement, il y a quand même eu un ‘oh’ de surprise des supporters qui étaient présents, se souvient Olivier Rouyer. Sur le coup, c’est hyper stressant, on ne comprend pas, on a du mal. Mais on est obligé de les mettre… C’est très bizarre, très très bizarre. C’est perturbant. Pendant trois ou quatre minutes, tu regardes tes potes avec ce maillot vert et blanc… Il y a quelque chose qui te manque. On se sent un peu à poil, car ce n’est pas ton maillot, ce n’est pas ce que tu représentes. C’est une situation dure à vivre. »

Avec des faux airs de Betis Séville, l’équipe de France l’emporte 3-1 grâce à des buts de Christian Lopez, Marc Berdoll et Dominique Rocheteau. L’honneur, ou du moins ce qu’il en reste, est sauf. « On finit très bien, on fait un bon match, on gagne. Le problème, c’est que tu te fais chambrer quand tu rentres (rires), fini Olivier Rouyer. Mais ça fait partie des souvenirs. » Et, 44 ans plus tard, on en reparle encore.

Félix Gabory Journaliste RMC Sport



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