Enrico Letta : « Poutine serait le premier contenu d’une victoire de la droite en Italie »



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L’Europe pourrait bien prendre un coup très prochainement : après la percée de l’extrême droite en Suède, c’est au tour de la botte italienne d’être tentée par l’aventure extrémiste. Frappée de plein fouet par l’explosion des prix de l’énergie, croulant sous une dette publique de 2 700 milliards d’euros, l’Italie se rend aux urnes le 25 septembre. Une coalition du parti post-fasciste Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni, de la Ligue de Matteo Salvini et de Forza Italia de Silvio Berluscon semble en mesure de conquérir le pouvoir. En face, notre invité, l’ex-président du Conseil et actuel secrétaire national du Parti démocrate italien, Enrico Letta, croit encore aux chances d’une coalition de centre gauche pour barrer la route à l’extrême droite.

Le 21 juillet dernier, le président du Conseil Mario Draghi a remis sa démission au président italien Sergio Mattarella, après avoir été désavoué par une partie du gouvernement d’union nationale qu’il dirigeait depuis un an et demi. Pour Enrico Letta, c’était « une énorme chance d’avoir eu Mario Draghi et son gouvernement dans un Parlement hyper fragmenté » : « L’Italie est devenue, avec Mario Draghi, un des moteurs de l’intégration européenne, ça a aidé l’Europe à trouver des solutions. »

Enrico Letta juge d’ailleurs « incompréhensible » la décision du Mouvement 5 Étoiles de « faire chuter Mario Draghi ». Mais il y voit la volonté du mouvement de « retrouver sa virginité initiale », après « s’être perdu pendant ces cinq années, car, dans cette législature, le 5 Étoiles a gouverné avec tout le monde : avec la droite souverainiste au début, avec Salvini, puis avec nous, et avec Draghi ».

Le Parti démocrate d’Enrico Letta, proeuropéen, avait soutenu ce gouvernement après avoir perdu les élections de 2018. Élections qui, rappel-t-il, avaient « confirmé la montée des extrêmes » et la « tendance de peur » qui s’était installée en Italie, « avec un électorat qui vote pour des partis populistes et avec un sentiment d’euroscepticisme » .

« L’Europe, ça veut dire des solutions communes »

Il n’est donc pas surpris par l’ascension de la populiste Giorgia Meloni, cheffe de file de la coalition de droite, fondatrice du parti Fratelli d’Italia (Frères d’Italie) et présidente du Parti des conservateurs et réformistes européens (CRE). Mais il l’explique surtout par la situation sociale de son pays, qui, après deux années de pandémie et la guerre en Ukraine – qui « a fait monter les prix de l’énergie d’une façon, hélas, insupportable » – connaît une perte du pouvoir d’achat et où s’est installé ce « sentiment de peur » parmi les citoyens.

Enrico Letta se dit confiant dans la coalition qu’il forme « avec le parti d’Emma Bonino, avec les Verts, avec le parti de Luigi Di Maio qui a laissé les 5 Étoiles pour construire un parti ». Une coalition prête à « combattre ceux qui cherchent à attiser ces peurs » et « faire basculer les choses, faire comprendre aux Italiens le grand risque de prendre la voie de la droite anti-européenne et souverainiste de Giorgia Meloni, qui est en France alliée avec Marine Le Pen, en Espagne alliée avec les post-franquistes de Vox, avec Viktor Orban en Hongrie, ou les Polonais du parti PiS ». Une droite dont l’idée de l’Europe est celle d’une « Europe comme ligue des nations, dans laquelle chaque pays joue pour lui-même, dans laquelle les décisions sont prises à l’unanimité avec le droit de veto, une idée d’Europe dangereuse », insiste-t-il.

Pour le secrétaire national du Parti démocrate, « l’Europe est la solution, parce que l’Europe, ça veut dire des solutions communes ». Il compte sur les quelques jours qui lui restent avant le scrutin du 25 septembre pour « convaincre les 42 % d’indécis » et « faire passer nos idées sur le travail, sur les droits civils, sur l’environnement, puisque sur ces sujets la droite une approche négationniste totale ; elle veut faire revenir en arrière le pays ».

La crainte des conséquences d’une percée de la droite

En pleine guerre en Ukraine, la coalition menée par Giorgia Meloni semble incongrue : elle, l’atlantiste qui soutient les sanctions contre la Russie, s’allie avec un Matteo Salvini et un Silvio Berlusconi « qui ont toujours exprimé des positions très timides envers l’aide à l’ Ukraine et très proches de Poutine et de la Russie », selon Enrico Letta. C’est aussi pour cela qu’il est « très préoccupé d’une percée de la droite en Italie : pour les conséquences que cela aurait sur la guerre en Ukraine et sur la position russe. Le premier qui serait content le soir du 25 septembre d’une éventuelle victoire de la droite en Italie serait Vladimir Poutine. »

Pour Enrico Letta, « le 24 février, l’Europe a bien choisi de quel côté se mettre. Et nous aussi, nous étions là. Et on a été le grand parti italien le plus proeuropéen, antirusse et en faveur de l’Ukraine » . Il s’inquiète toutefois des conséquences sur les coûts de l’énergie. L’Europe doit, selon lui, « absolument prendre des décisions le plus rapidement possible », car « c’est le moment d’ajouter à ce qui a été très bien fait contre la Russie et en faveur de l’Ukraine, de faire quelque chose de très important pour aider les entreprises et les citoyens, les familles européennes à résister à cette montée des prix de l’énergie ».

Émission préparée par Isabelle Romero, Sophie Samaille et Perrine Desplats.



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