Anwar Ibrahim nommé Premier ministre après 40 ans d’opposition



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Le dirigeant réformiste Anwar Ibrahim a été nommé Premier ministre de Malaisie, jeudi, par le Palais royal. Un point d’orgue pour l’homme de 75 ans, après une carrière politique mouvementée, ponctuée de nombreux changements de camp et de séjours en prison.

Éternel chef de l’opposition, emprisonné à plusieurs reprises avant de renaître de ses cendres, Anwar Ibrahim accède enfin au poste de Premier ministre de Malaisie dont il rêve depuis des années. Le roi de Malaisiele sultan Abdullah Ahmad Shah, l’a nommé jeudi 24 novembre à la tête du gouvernement après que sa formation multi-ethnique et réformiste, Pakatan harapan (Alliance de l’espoir) a obtenu le plus de sièges au Parlement aux législatives de samedi .

À 75 ans, Anouar Ibrahim Atteint le sommet d’un parcours politique particulièrement mouvementé, s’étendant sur quatre décennies et comprenant plusieurs séjours en prison – une au cours de laquelle il a souvent changé de camp.

Un séjour en prison dès les années 1970

Fils d’un député et d’une dirigeante politique de l’État de Penang (nord), Anwar Ibrahim se fait connaître dans les années 1970 en tant que leader étudiant musulman. Sa participation à des manifestations dénonçant une famine en milieu rural lui vaut une première peine de prison sous un régime autoritaire.

En 1982, il surprend ses sympathisants en se joignant à l’Organisation nationale des Malais unis (Umno), la formation qui a traditionnellement dominé la vie politique en Malaisie depuis l’indépendance en 1957. Il y est vite remarqué par le Premier ministre Mahathir Mohamed, au pouvoir de 1981 à 2003.

Politicien-né et orateur plein d’esprit, il gravit rapidement les échelons et entre au gouvernement. Il devient ministre des Finances en 1991, en se présentant comme un réformateur et en faisant l’éloge de l’Occident. Deux ans plus tard, il devient vice-Premier ministre. Mais des divergences avec Mahathir Mohamad sur la gestion de la crise financière asiatique de 1997-1998 se termine mal.

Limogé par le Premier ministre d’alors, Anwar Ibrahim est ensuite condamné à six ans de prison pour corruption, puis à neuf ans de prison supplémentaires pour sodomie, un crime dans ce pays musulman. Selon certains observateurs, c’est surtout son impatience à remplacer Mahathir Mohammad qui lui aurait valu les foudres de son ancien protecteur. Son incarcération déclenche des manifestations de ses partisans. Ces protestations tournent rapidement au mouvement pour des réformes démocratiques.

Des photos de lui avec un œil au beurre noir, perdus en prison par le chef de la police de l’époque, sont publiées dans les journaux du monde entier, faisant de lui le symbole d’un combat qui a adopté le cri de guerre « Reformasi ! » (« Réformes ! »)

La rivalité entre Mahathir Mohammad et Anwar Ibrahim a dominé et façonné la politique malaisienne au cours des quatre dernières décennies, « apportant alternativement désespoir et espoir, progrès et régression à la politique du pays », estime Oh Ei Sun du Pacific Research Center of Malaysia.

En 2004, la Cour suprême annule la condamnation pour sodomie de l’homme politique, qui est libéré.

Une grâce royale totale

Après une brève pause au cours de laquelle il enseigne à l’université, il revient dans l’arène politique pour diriger une coalition d’opposition lors des élections générales de 2013. Son alliance remporte 50,87 % des voix, mais il échoue à rassembler suffisamment de députés pour obtenir la majorité parlementaire.

La controverse continue à suivre ce père de six enfants. De nouveau condamné pour sodomie en 2015, cette fois à cinq ans de prison, il clame son innocence et bénéficie d’une grâce royale totale, trois ans après le début de sa peine. Il revient au parlement quelques mois plus tard, en rapportant une élection partielle.

Anwar Ibrahim s’allie de nouveau à Mahathir Mohammad lors des élections de 2018, lorsque son ennemi d’antan sort de sa retraite pour défier le Premier ministre sortant Najib Razak, embourbé dans le scandale financier 1MDB.

Leur alliance remporte une victoire historique contre l’Umno et Najib Razak, qui purge depuis une peine de 12 ans de prison pour corruption. Mahathir Mohammad redevient Premier ministre, cette fois en promettant de céder son poste à Anwar Ibrahim plus tard. Mais il ne tient jamais parole, l’alliance entre les deux hommes s’effondre au bout de 22 mois et l’Unmo revient au pouvoir.

Samedi, sa formation est arrivée en tête lors des élections législatives anticipées avec 82 sièges, loin de la majorité absolue dans ce Parlement qui compte 222 députés, mais suffisamment pour devenir le dixième Premier ministre de Malaisie.

Avec AFP



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